le réseau des eaux souterraines


une page de l'atlas oréologique de 1885


En août 1899, puis en mars 1901, Monsieur Fournier, professeur de géologie à la Faculté de Besançon est venu explorer le puits et a procédé à des expériences de coloration.

« les eaux consommées par les habitants de cette commune ont été jusqu’ici souillées par les produits de décomposition des bêtes jetées dans le puits.

L’expérience de la coloration (…) a vivement frappé l’esprit des habitants qui ont vu l’eau verte couler pendant environ 36 heures dans leurs fontaines (…) le maire a immédiatement pris un arrêté interdisant de jeter des animaux ou des immondices quelconques dans le gouffre.

 

 

Inventaire des circulations souterraines reconnues par traçage

 

Nancray 

à l’entonnoir du Moulin Vieux en 1886 avec du sel, en 1893 et 1894 avec de la fluorescéine :

9,5 h - 310 m/h pour Arcier 2950 mètres

4 h – 587 m/h -  pour la source de Chaney2350 mètres

3250 mètres à la source de la Corcelle

 

 

Saône

à la Perte du Creux-sous-Roche et Fontaine du Grand Saône en 1901 et 19O2 :

de 19 h à 162 h (6 j et 18 h) soit plus de 300 m/h à 6 km

218 h (9 j et 2 h) – 27 m/h -  pour la source Pisciculture à 5850 m

 

3. le réseau hydrographique

corvée d'eau à Corcelle 

Le plus surprenant en ce qui concerne les données naturelles  dans notre commune, c’est encore son réseau hydrographique.

 

 

             

 

La flèche noire indique le trajet des eaux souterraines entre Saône, Nancray et notre commune.

 

Le puits de Chienchien

 

 

Les phénomènes karstiques qui touchent notre région n’échappent pas à notre commune et le plus spectaculaire est le réseau souterrain des eaux de ruissellement. Les diaclases, fissures très fines dans le calcaire, permettent aux eaux de pluies, abondantes dans notre département, de collecter en eaux souterraines les eaux éparses. En s’élargissant sous l’effet des attaques du gaz carbonique sur le calcaire, elles créent des boyaux plus ou moins larges dont l’entrée surprend au détour d’un chemin comme le sentier caillouteux marqué par les fers des chars gallo-romains, au Chemin des Vies de Champfrie au Sud-Est du village de Vaire. Le puits de Chin-Chin ou de Chien-Chien est une entrée spacieuse des eaux de ruissellement qui disparaissent dans deux entonnoirs de Nancray. Le puits fait une vingtaine de mètres de profondeur au fond duquel se rassemble un talus d’éboulis dans une couche du bathonien inférieur*.

*bathonien : étage du système jurassique, période géologique du mésozoïque ( = secondaire) qui a déposé ses sédiments, il y a 205 à 130 millions d’années : entre le bajocien et le callovien.

 

Autrefois on jetait des cadavres d’animaux, notamment des chiens, d’où le toponyme. Louis Robert, né en 1922, se souvient de l’eau qui sortait du puits à plusieurs reprises, vers 1930 et en 1950.

Notes tirées des cahiers de Mr C. Jantet, ancien instituteur de Vaire et recopiées par Eliette Aubry :

«  En août 1899, puis en mars 1901, Monsieur Fournier, l’éminent professeur de géologie à la Faculté de Besançon est venu avec plusieurs étudiants … explorer le puits de Chinchin.

Compte-rendu de son exploration : bulletin de spéléologie N°27 : le 10 mars 1901, nous avons effectué une nouvelle exploration du Puits de Chinchin prés du Grand Vaire en compagnie de M.M. Weinman, Piguet, Meynier, Mansion, Butel, Maréchal, Abran, Merle, Laurent, Fernier. »

 

Mr Jantet cite Mr Fournier :

« J’ai déjà relaté dans mon précédent mémoire la première exploration faite en août 1899 par M.M. Drouhard, Maréchal, Poncet et Meynier. Je rappellerai seulement que la profondeur totale du puits est d’environ 35 mètres et qu’à une certaine hauteur dans la paroi, les premiers explorateurs avaient trouvé une fissure étroite donnant accès dans une galerie où coule le ruisseau souterrain. J’ai pu découvrir une autre entrée beaucoup plus praticable donnant également accès dans la galerie du ruisseau que l’on peut suivre pendant une soixante de mètres environ en amont.  On le voit, à son origine, jaillir entre deux stratifications. Il coule dans une sorte d’aqueduc naturel plus élevé que le fond du gouffre et vient se perdre dans la diaclase par une chute qui le fait immédiatement retomber à un niveau inférieur à celui du fond.

Cette chute est siphonnée.

Nous avons jeté dans le ruisseau un kilogramme de fluorescéine et quatre heures et demie plus tard nous avons vu la coloration à 700 mètres de là dans les sources captées pour l’alimentation de la commune du Grand-Vaire.

Ainsi donc, le fait est maintenant établi d’une façon directe : les eaux consommées par les habitants de cette commune ont été jusqu’ici souillées par les produits de décomposition des bêtes jetées dans le puits.

L’expérience de la coloration qui a admirablement réussi a vivement frappé l’esprit des habitants qui ont vu l’eau verte couler pendant environ 36 heures dans leurs fontaines. Il faut espérer que la leçon portera ses fruits. D’ailleurs le maire a immédiatement pris un arrêté interdisant de jeter des animaux ou des immondices quelconques dans le gouffre.

La coloration faite à 8 h 50 le dimanche est apparue à la source à 13 h 25, elle a cessé le lundi dans la matinée . » 

Mr Jantet ajoute :

«  On nous a affirmé que, même après l’expérience de coloration, il s’était encore trouvé dans le village quelques individus qui niaient la communication du gouffre avec la source ! »

Ainsi, Mr Fournier décrit ainsi un phénomène de résurgence bien connu avec la Loue mais il serait plus approprié de parler d’exurgence puisqu’à l’origine, avant leur disparition dans le réseau souterrain, les eaux ne formaient pas un écoulement concentré : on repère deux gouffres au lieu-dit « les Prés de Vaire » près du Moulin de Nancray, comme le montre le schéma des eaux souterraines.

 

Rappelons que ces explorations sont dangereuses et réservées aux spéléologues confirmés. De même, les expériences de coloration sont l’affaire des seuls spécialistes. Pas question d’aller y mettre du pastis !

A plusieurs reprises, Louis Robert témoigne que l’eau jaillit du gouffre, vers 1930, il avait 8 ans et en 1953, en 1956 …

 

 

Inventaire des circulations souterraines reconnues par traçage

Pour reconnaître les réseaux souterrains, afin de rechercher entre autre, l’exutoire d’un effluent, les spéléologues tentent de comprendre les mécanismes d’alimentation de stockage et de restitution des eaux : les incidences sur la protection de l’eau sont évidentes. Voilà pour notre commune, le bilan des informations apportées par deux des auteurs : Desnoyers et Jeannot, toutes appuyées sur les observations de Fournier pour lequel sont référencés trente ouvrages environ.

 

Une des communes d’injection est Nancray : au lieu-dit, l’entonnoir du Moulin Vieux en 1829, le 27 septembre 1886 avec du sel, le 18 novembre 1893 et le 23 avril 1894 avec de la fluorescéine. La réapparition se fait 4 fois sur 4 à 2950 mètres aux sources d’Arcier et une fois sur deux à 2350 mètres à la source Chaney et à 3250 mètres à la source de la Corcelle. Il faut 9,5 heures soit 310 m/h pour que la coloration apparaisse à Arcier alors qu’il n’en faut que quatre – 587 m/h -  pour la source de Chaney (données de 1886, pas d’autres précisions de durée pour les autres expériences de coloration).

L’injection de 1901 au puits de Chienchien est également notée et la réapparition en 4,5 heures à 930 mètres à la source de Chaney (207 m/h).

 

L’autre commune d’injection est Saône :aux lieux-dits, Perte du Creux-sous-Roche et Fontaine du Grand Saône en 1901 et 19O2 : en novembre 1901 avec du sel et de la fluorescéine. La réapparition se fait 7 fois sur 12 de la Perte du Creux-sous-Roche aux sources d’Arcier dont une seule fois à la source Bergeret à près de 6 kilomètres et deux fois à la source Pisciculture (5850 mètres). Il faut de 19 heures une fois à 162 heures (6 jours et 18 heures) soit plus de 300 m/h ou 36 m/h pour que la coloration apparaisse à Arcier alors qu’il en faut 218 (9 jours et 2 heures) – 27 m/h -  pour la source Pisciculture.

 

Extrait de « Inventaire des circulations souterraines reconnues par traçage en Franche- Comté » (1987) Annales scientifiques de l’Université de Besançon, Mémoire N°2

 

Le puits de Chienchien : croquis de C. Jantet

 

 

 

 

 

Les sources

 

Sources de Chagney, (ou Chaney, selon les auteurs et les plans) de la Chenove, des Graviers, du Creux de la Bouteille, de Champfrie, des Essarts, de la Sommière de Nancray, de Bergeret, d’Arcier, la Fontaine Salée, la Fontaine des Ramiers … notre pays verdoyant regorge d’eaux jaillissantes qui réjouissent les promeneurs et justifient des précautions redoublées de protection.

La source de la Chassigne est une source intermittente.

En bas des Rouges Terres, la « Fontaine Salée », qui n’a de salé que le nom, reçoit les eaux de la Fontaine des Essarts dont il est question au chapitre sur les lavoirs et fontaines dans la troisième partie.

La source Chaney, sous la côte de Champollon,  est donc, comme nous l’avons écrit au premier chapitre,  une résurgence des eaux provenant des entonnoirs de Nancray avec un ruisseau souterrain reconnu dans le gouffre de Chinchin qu’il traverse dans une couche calcaire du séquanien*.

*Séquanien : étage comme le bathonien du système jurassique, entre le rauracien et le kimmeridgien : « la présence du niveau marneux du Séquanien moyen peut localement déterminer un niveau de sources » (Inventaire des circulations souterraines reconnues par traçage en Franche- Comté).

La source Chaney donne naissance au Ruisseau qui traverse le village sur 900 mètres environ. Son tracé fait l’objet de points de vue divergents : C. Jantet, dans son cahier IV, prétend qu’il est resté inchangé puisque le moulin est construit en 1414  à l’entrée actuelle de Vaire : « ce qui donna lieu à cette supposition, c’est qu’au moment des grandes pluies des douillons abondants et nombreux se produisaient aux Sautes, l’eau qui sortait ainsi de terre, jointe à celle du ruisseau qui débordait plus facilement puisqu’alors elle n’était pas encore captée pour les fontaines, provenait de la même source de Chagney, c’est-à-dire de Champlive, mais allait se jeter dans le Doubs aux Tervelles (c’est ce qui explique le petit aqueduc traversant la route de Vaire à Corcelle au lieu-dit les Fourches). La preuve en est, c’est que depuis qu’on a construit la percée de Champlive, le ruisseau de Vaire déborde plus rarement et les douillons ont presque disparu. »

D’autres avancent que le moulin est alimenté par le cours dévié.

Plusieurs affirmations de C. Jantet sont contestables : l’analyse du réseau des eaux souterraines ne donne aucun lien avec Champlive. Les fameux douillons sont loin d’avoir disparu, ils coulent à flot lors des gros orages entre la rue de Nancray et celle des Colonnes après avoir franchi la rue des Grands Champs. Enfin, les fouilles archéologiques permettent de supposer que l’habitat ancien est situé au sud-ouest de l’emplacement actuel de Vaire, donc proche de l’ancien cours. Dernière piste à poursuivre : celle d’un méandre abandonné dans des périodes géologiques.

 

 

La source Chaney ou Chagney au début du XXesiècle

 

Les sources d’Arcier comprennent une source basse impénétrable, la source du Martinet ou du Canal de Jules César de 285 mètres de développement. L’entrée de la grotte est fermée d’une grille. Il existe également une grotte supérieure fossile au dessus de la source basse.

A 600 mètres des sources d’Arcier, les sources Bergeret sont constituées d’une source permanente, de petites sources latérales impénétrables fonctionnant en crue, d’un orifice supérieur temporaire de crue.

 

 

 

 

Ces sources alimentent des ruisseaux. Longtemps, à Arcier, elles apportaient de 1945 à 2003 leur fraîcheur et leur pureté à la pisciculture. A Corcelle, une source jaillit au pied de la Rue du Moulin. A Vaire, le Pontot surmonte le Ruisseau de la Source de Chagney dont le cours a été dévié et sa canalisation a été modifiée lors des travaux d’assainissement en 1969 réduisant la chute de la Cascade à l’entrée du village (voir troisième partie :  les travaux d’assainissement). En amont, c’est le domaine des truites d’une race pure, la truite fario qui n’a pas de points rouges, qui porte uniquement des points noirs.

 


Le cas particulier des sources d’Arcier

 

Informations essentiellement tirées d’un article d’Archéologia N°355 d’avril 1999

 

 

     Pente générale de 21.99 m pour 9907 m

   soit une inclinaison de 0.22% environ.

 

          

 

  Largeur totale de la gaine maçonnée : 2.60 mm

  Plan extrait d’Archeologia Avril 1999 JC Barçon

 

Un bilan de l’état de l’aqueduc d’Arcier a été dressé sous l’égide du service régional de l’Archéologie et permet de retracer les étapes de la construction de la canalisation mais également, son état de conservation et surtout, les périodes où il fut tour à tour l’objet d’intérêt historique et d’abandon avec les risques que cela entraîne : ainsi devenu niche à chien ou barbecue sur son parcours de 10.259 km.

2 km sont encore visibles et 900 m totalement conservés au-delà du territoire de notre commune.

Une monnaie du temps de Vespasien* atteste que la construction est postérieure à 70 après JC. Sous la dynastie flavienne* avec le confort et le luxe, un approvisionnement important en eau pour les fontaines et les thermes impose pour Vesontio* - qui n’a aucune source suffisante dans sa boucle - la nécessité de faire creuser l’aqueduc.    

Vespasien : de 69 à 79 après J.C. Empereur après le suicide de Néron 

Dynastie flavienne : de 69 à 96 après J.C. avec Vespasien, Titus et Domitien

Vesontio : nom romain de Besançon

 

Après la Chute de l’Empire romain, il semble que l’édifice ait été ignoré puisque « le 9 août 1324, l’un des segments encore plein d’eau, laissa échapper un torrent qui  excita l’admiration générale » (Chifflet) Il s’agit d’une partie près de l’archevêché de Besançon. Au XVesiècle, nous dit L Jaccottey dans l’article d’Archéologia, une papeterie près des sources et un moulin situé à 2 km utilisent les eaux d’Arcier. Nous les décrivons en quatrième partie.

 

A deux reprises, la remise en état est envisagée : en 1681 puis en 1819. Avec les archéologues Clerc, Droz puis Castan, le XIXe siècle fait de l’édifice un élément essentiel du patrimoine.

Mais les sources sont expropriées par la ville de Besançon en 1839.

 

De 1850 à 1854, un nouvel ouvrage est réalisé qui fournit 20 000 m3 d’eau par jour à la Boucle. Ses eaux se versent dans la station de la Malate.

 

CAGB* oblige, l’heure est aujourd’hui à l’intercommunalité et bien sûr aux exigences de l’assainissement. Le « gros tuyau » dont les bulletins municipaux de 2004 et 2005 font l’écho, a pris plus d’importance que les sources d’Arcier qui gardent leur attrait touristique majeur.

C.A.G.B. = Communauté d’agglomération du Grand Besançon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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