Pour traverser le Doubs

Les ponts de Vaire

La construction des deux piles en 1910 Jusqu’au début du XXe siècle, les passages à gué, souvent dangereux en période de crue ou les liaisons d’une rive à l’autre par batelets ou par bacs guidés par un câble ou mus à la rame sont plus fréquents que les ponts (25 ponts sur le Doubs, aucun entre Baume et Bregille, en l’an XII - 1804).  Quand les eaux le permettent à l’époque féodale, les habitants, voulant aller sur leurs terres par-delà le Doubs, pratiquent le gué. Ces droits sont dits appartenir au seigneur en 1486, 1593, 1678. Au XVIIe siècle, la pratique est encore citée mais le gué entrave le flottage du bois. U n lieu-dit« Sur le gué » se trouve en amont de la commune près de Seuley. L’acensement des Granges de Courcelotte en 1693 (chapitre de l’histoire singulière des bois de Corcelle), indique « de couchant un chemin tirant au gué de Courcelotte. » Alors, comment passer le Doubs ?
Le premier bac public à Vaire-Arcier date de l’an VII (1799) : il est alloué par l’Etat mais la commune en reprend l’exploitation à sa charge dès 1813, l’Etat le recédant aux communes pour faire face à ses difficultés financières. Cette année-là, le conseil municipal  décide la construction d’une maisonnette au bord de la rivière pour le préposé dont nous donnons le cahier des charges dans la deuxième partie de ce chapitre. En 1835, les fermiers de Vaire se plaignent de la concurrence illicite pratiquée par les ateliers d’Arcier, la Cana*, et même l’éclusier de Chalèze, ce qui diminue d’autant les recettes.
En fait, la baraque en bois  est devenue une jolie résidence secondaire qui se retrouve aujourd’hui à une cinquantaine de mètres de l’actuel pont . * Cana : hameau de la Canaie (commune de Chalèze)
La première passerelle en bois construite en 1814 va de la tuilerie de Vaire-le-Petit à cette maisonnette du passeur : un nommé Jacquard, meunier à Arcier, reçoit l’ordre des Autrichiens qui ont investi le château, d’établir un pont avec des bois descendus par réquisition des plateaux supérieurs. Afin de le protéger des grandes crues, le pont se replie par moitié sur chaque rive en aval, puis, au moyen de cabestans, les deux parties sont réunies par une manœuvre inverse. Dans le cahier III, C. Jantet cite M. Ordinaire « Deux époques militaires en Franche-Comté » : « Sans équipage de pont, manquant sans doute d’officiers d’artillerie ou du génie, Lichtenstein avait découvert, par ses affiliés, un de ces hommes intelligents qui n’ont pas besoin d’instruction acquise pour devenir utiles, le nommé Jacquard, meunier à Arcier. Celui-ci reçut l’ordre d’établir un pont avec des bois descendus par réquisitions des plateaux supérieurs.  Les madriers, le fer et même les outils nécessaires furent trouvés dans la vieille baraque construite à Deluz pour les condamnés militaires que l’invasion avait surpris travaillant au Canal du Rhône au Rhin, dans la précipitation de leur retraite, ils n’avaient pu ni emporter ni détruire. »

 Au lieu de se sauver, ces condamnés résistent à la cavalerie à l’aide de pelles et de pioches. Ce geste patriotique leur vaut d’être enrôlés par Marulaz.

Une nouvelle passerelle bien plus étroite  Cette passerelle en bois est remplacée en 1843 par une passerelle métallique avec une charpente en bois de sapin (voir délibérations du 14 septembre 1851 et du 15 août 1853) inaugurée le 8 Septembre 1844 : l’autorité militaire en a limité les caractéristiques, elle ne fait qu’un mètre quatre-vingts de large, trottoirs compris : seuls, les piétons, les cavaliers ou de petites voitures tractées par un seul cheval peuvent la traverser. Le bac reste utile aux voitures plus importantes, celles à quatre roues tractées par un ou deux chevaux ou aux fourgons d’artillerie. Des réparations urgentes qui tardent Le Maire Jean Constant Thiébaud demande l’élargissement de cette passerelle. Le 17 juin 1849, le Conseil municipal accepte le devis de l’architecte Martin Béliard  pour la réparation urgente du tablier (648 francs) or le 14 septembre 1851, « le tablier en bois et la charpente …sont dans un tel état d’usure qu’il est indispensable pour éviter les accidents de reconstruire à neuf dans un délai rapproché, que dans cette situation, il serait d’un intérêt majeur de faire cette construction en donnant un peu plus de largeur à la passerelle de manière à permettre à une voiture de passer librement ce qui est impossible actuellement. » En 1853, le Conseil Municipal dénonce l’inexpérience de l’ingénieur chargé des travaux en 1844. Il est donc décidé de refaire la charpente dans un bois « vérifié par un homme expérimenté dans l’art de ces travaux » ; la commande est passée au Sieur Elie, charpentier domicilié à Besançon. Si ce dernier ne s’est toujours pas exécuté en 1859, d’autres travaux sont réalisés : « Réparation du tablier et nettoyage des cheminées des amarres pour remplacement de l’ancienne chaux pour de la nouvelle » pour 44,35 francs. Ce n’est qu’en 1864 que se fait la nouvelle construction mais elle est détruite le 20 novembre 1870 par le Génie « par fait de guerre ». La maison du pont suspendu Entre temps, le Conseil municipal sous la présidence du Maire Eugène Clerget vote le 12 Août 1868 pour 1848,20 francs le remplacement de la baraque en bois du pont par une maison qui se compose « de deux chambres d’habitation, d’une cave et d’un grenier » (adjudication du 30 décembre 1874 à Joseph Millot). La difficile restauration de la passerelle  Dès 1871, une demande de subvention est faite pour la reconstruction du pont : 60 000 francs. « Afin d’éviter les oscillations considérables que les vents violents imprimaient au tablier, le Conseil Municipal a émis le vœu que la passerelle soit reconstruite en deux travées au lieu d’une seule. » (Service vicinal, passerelle du Grand-Vaire) Le 11 mai 1872, le projet est suspendu car l’administration du Canal refuse l’établissement en lit de rivière de la pile, la reconstruction d’une passerelle identique à l’initiale est approuvée le 12 mai 1873. Les travaux doivent être terminés pour le premier avril 1874. Parce que le bois est pourri et que l’oxydation du fer attaque le goudron, le projet de réparation est suspendu le 28 juillet 1881. Un nouveau projet est adopté en septembre 1881. La communauté du Petit-Vaire qui a déjà participé au financement de l’ouvrage en 1842 refuse d’apporter son obole à cette nouvelle réalisation. Les travaux supplémentaires de restauration du pont suspendu sont toutefois entrepris notamment le remplacement du tablier de bois par un tablier métallique. En 1908, le 27 mars, un projet d’exhaussement du chemin vicinal ordinaire N°1 permet d’améliorer la rampe d’accès au pont.  En 1910, c’est la construction du pont métallique sans câbles avec deux piles. Un arrêté du 24 février 1926 tente de limiter le poids des voitures chargées à  6000 kilos tandis qu’un projet de pont entre Roche et Arcier n’a pas abouti en 1924. A la fin de la deuxième guerre mondiale Le nouveau pont de Vaire est détruit partiellement du côté de Vaire-le-Petit, en septembre 1944 de 19 obus.
La onzième Panzerdivision rétablit la liaison avec le groupement N°110*. Avec un canon de 75 depuis le chemin de Deluz, précise Marcel Perrot, âgé alors de 25 ans et qui observe les manœuvres depuis le cimetière avec d’autres gens du village. Les enfants, eux, se sont mis bien imprudemment à la Chassigne. Un canon de 25 est abandonné au même endroit. Un soldat allemand est amené mort et enfoui en hâte au lieu-dit « Sous les Fenêtres » près de la maison du pont. Enterré au cimetière, son corps est rapatrié plus tard en Allemagne. Cette vision hante les souvenirs de beaucoup. Le pont reste couché.
*Source : La seconde guerre mondiale en Franche-Comté par le colonel Robert Dutriez
Le « pont-à-faire-du-bruit » Après la guerre, le pont est rétabli en provisoire au même endroit : deuxième photo, c’est un pont avec des barrières en fer forgé  fait de planches disjointes provoquant un bruit du tonnerre et que l’on entend vibrer jusqu’à Corcelle quand un véhicule le traverse.

Notre pont actuel date de 1973, il est reconstruit en amont de ces anciens ponts. C’est le dernier des 118 ponts reconstruits dans le Doubs (126 détruits) juste après Laissey et Chalèze. 6 mètres de chaussée et deux trottoirs de 1 mètre de large, il est prévu dans la perspective du canal à grand gabarit. Deux culées sur une pile centrale, le tout en béton précontraint sont construits avec un effectif réduit de dix hommes.

La maison du pont et le rideau des pins d’Autriche du parc du château (photo à retrouver en couleurs : elles so si jolies à chaque  heure du jour  depuis la nouvelle véloroute !  )
Commentaires (1)

1. kevin 14/10/2010

Merci pour votre site très intéressant,
Je n\'hésiterait pas à repasser,
cordialement di.
blog immobilier

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