Introduction au prochain livre sur Fouvent

INTRODUCTION

LA PTITE RUE ET LA GRANDE RUE

Les lettres de mon grand-père qui vivait à l’entrée de Fouvent-le-Bas

Au départ de cet ouvrage, un carton vide qui avait contenu des endives ; et dedans, un monceau de lettres : mon grand-père avait fait Verdun (1) et je ne le savais pas ? ma nièce qui avait utilisé quelques éléments de ce trésor pour les montrer à son professeur pouvait être fière, sa tante, professeur d’histoire, ne savait même pas ça !!!

Le trésor est vite mis au service de mes élèves et chaque année, je livre cette profusion de témoignages au bonheur des troisièmes avec les mille recommandations préalables : en même temps, je délivre les messages d’usage concernant le respect des sources, l’importance du témoignage écrit … résultats garantis, les élèves redoublent de soin et de clameur, chacun est persuadé de la fragilité des trésors que je leur livre, tout le monde s’en souvient et je mesure la chance que mes élèves ont eu de manipuler ainsi des documents authentiques. Les questions jaillissaient, mes réponses tentaient en vain de satisfaire leur curiosité. Fanfaronne ? non, contente d’avoir pu partager ce plaisir si celui-là laisse un bon souvenir de l’école à mes anciens élèves ! mais laissons ce chapitre des clichés sur le monde scolaire … Le propos est ailleurs !

Mises en confrontation avec les documents pédagogiques dont notre cabinet d’histoire disposait, ces lettres de mon grand-père bousculent irrémédiablement une image trop stéréotypée du poilu : je pense en particulier à un document pédagogique dont je me servais avant cette découverte et qui me demandait toute une installation qui va faire éclater de rire mes collègues actuels : armée d’un appareil de projection, je « lançais » un vieux 45 tours sur un électrophone grésillant  dans la pénombre où quelques malotrus venaient mesurer ma capacité à contenir leur indiscipline en ces premiers jours de rentrée : la voix chevrotante d’un vieux poilu racontait … l’écoute se faisait peu à peu plus attentive, les regards ne s’écartaient plus des quelques diapositives qui illustraient sur l’écran blanc qui manquait toujours de basculer lorsque je m’approchais trop près de lui … et peu à peu, alors que des sanglots nouaient la gorge du brave homme qui poursuivait son témoignage, le silence total se faisait, - juste interrompu par quelques rires provoqués par ses réflexions ! Par exemple, pour dire ses difficultés d’écrire à sa famille, il évoquait les fameuses cartes où il suffisait de cocher :

… il précisait bien qu’il cochait la première case et les élèves riaient toujours à ce passage …

   L’auditoire était entièrement conquis. Bons souvenirs d’une leçon dont l’objectif d’apprentissage avait toutes les chances d’être atteint. Du moins, j’osais l’espérer … je le croyais même si j’ai peu de doute sur les chances de mémorisation quelles qu’elles soient surtout face au travail de sape permanent qui menace le travail de l’enseignant : « qu’est-ce que t’as à apprendre ? qu’est-ce que t’as écrit dans le cahier ? »… Réponse ? rien ou si peu ce jour-là mais tant d’importance à cet instant privilégié que nous avions vécu ensemble : il aurait fallu laisser son enfant revoir toutes les images du cours, et, dans son cheminement  intérieur, le laisser mesurer toute l’ineptie de la guerre, la folie des hommes et le massacre de la « der des der » (juste avant d’étudier les préparatifs de la deuxième guerre mondiale, une autre folie). Bien sûr que les élèves le faisaient spontanément à cet âge où on se rebelle si fort contre les injustices et les violences mais de la trame de la guerre de 1914-1918, il y avait en filigrane une perception un peu plus aiguisée du vécu des poilus. (développer … aller chercher le montage diapo disques)

Pour en finir avec l’enseignement de la première guerre mondiale, le professeur que je suis resté a trouvé dans différents thèmes les éléments qui servaient à illustrer notre grande Histoire dans ces témoignages et tous les divers documents que nos aïeux avaient pris soin de conserver précieusement. D’où des chapitres où chacun retrouvera des moments essentiels de la vie des soldats pendant la première guerre mondiale et la vie à l’arrière ! dans la France rurale qui est le lot d’une grande majorité de la population en ce début du XXesiècle.

 

La structure du livre calque les différents points abordés lors des cours d’histoire de 3 ! ... avec un niveau de recherche qui dépassera les attentes d'étudiants ou de chercheurs évidemment.

 

   Par la suite, peu de temps après que ma mère m’ait confié ce trésor que je considère comme le plus bel héritage que j’aie reçu, ces documents ont fait l’objet d’une courte brochure à destination de tous les descendants de mon grand-père ou neveux et petits neveux … mais l’histoire suivait uniquement celle du soldat, négligeant la vie au village ou si peu : quelques travaux et surtout la construction des 4 monuments aux morts : sans doute ce qui justifie à mes yeux le véritable intérêt de cette histoire. Dans la mesure où les paroles de témoins constituent déjà un fond documentaire extrêmement riche, l’originalité de l’histoire de mon grand-père tient au fait que non content d’avoir été soldat pendant plus de 4 ans et demi (d’août 1914 à mars 1919) il a passé une majeure partie de sa vie de tailleur de pierre à ériger des monuments aux morts !

 

Avec cette correspondance, les  voisins de « la Grande Rue »

Consciente d’avoir négligé dans cette première brochure la vie du village pendant que mon grand-père était sur le front, je me suis attachée à relever scrupuleusement les détails qui allaient me permettre d’imaginer la vie quotidienne de toute la famille et de fil en aiguille, avec les travaux agricoles et l’entreprise de tailleur de pierre, les voisins. Les permissionnaires, eux aussi, apportent leurs flots d’indices pour peu à peu ébaucher la vie au pays en ce temps difficile.

La correspondance des époux Bouguet dans « la P’tite Rue »

Ce qui est vrai, c’est que chaque témoignage apporte sa contribution à l’Histoire. La découverte de la correspondance des époux Bouguet est significative à ce sujet : alors que je comprenais sans difficulté la qualité des relations entre mon grand-père et toute sa famille – juste amusée par la formule de Marguerite « ta sœur qui t’aime » et que j’adresse volontiers aux miennes ainsi qu’à mon frère bien aimé … j’ai été proprement ébahie par le ton des lettres de ce jeune couple et subitement, la composition de l’ouvrage en était bousculée : quelle place leur donner ? rédiger en appendice un quatrième chapitre sans pouvoir faire les liens utiles pour décrire la vie à Fouvent et ses environs ? Les tâches agricoles dont Eugénie rend compte systématiquement à son mari parti sur le front et que Joseph commente avec les conseils qu’il prodigue à sa jeune épouse prennent tant d’importance qu’il fallait réunir le destin de ces deux familles pour mieux peindre le tableau de la vie rurale à Fouvent en temps de guerre.

Comme cette providentielle correspondance des époux Bouguet, grâce au bouche à bouche, les témoignages des anciens arrivaient, les vieux documents sortaient des grenier et, grâce à tout cela,  peu à peu, la vie de ce petit coin de Franche-Comté prenait des contours plus précis. IMPARFAIT DU FUTUR A VENIR RIIIIIIIIIRES écrire un truc sur maman

 Bobet m'a beaucoup aidée

Le bulletin paroissial mensuel des deux Fouvent, Saint-Andoche et Trécourt

Quand la voisine de maman – qui est ma conscrite (voir dico) de 10 jours et ma copine d’enfance – retrouve dans son grenier les bulletins de la paroisse rédigés pas l’abbé Marcelet, elle a tout de suite conscience de l’intérêt de ces livrets qu’elle tente de reclasser malgré les feuillets perdus et qu’elle conserve précieusement tout en les lisant à ma mère. Bien sûr, elles font le projet de retrouver les lieux d’habitation de toutes les personnes citées à propos de la liste des baptêmes, mariages et sépultures mais aussi dans les tableaux d’honneur au catéchisme, les noms des communiants ou ceux des familles qui offrent le pain bénit. On trouve même la liste des souscripteurs du denier du clergé.

   Maman me l'a promis, à la veillée de Noël, sur un cahier neuf, elle ajoutera à la liste élaborée par le Journal municipal, les noms des anciens propriétaires des maisons anciennes ... Jusqu'en 1900 au moins m'a-t'elle dit ! avec ce que j'ai déjà relevé aux Archives départementales de Haute-Saône, nous allons progresser.

 

Première coïncidence troublante et prometteuse : sur le premier bulletin qui date de janvier 1909 parmi tous les actes paroissiaux, voilà le baptême de Léontine Bouguet du 23 février 1908 : la fille des époux Bouguet dont la piété est un excellent exemple de la ferveur religieuse de nombreux chrétiens de l’époque.

On imagine comment les lecteurs de ces mensuels pouvaient peu à peu prendre connaissance du monde extérieur notamment dans la dernière page à la « chronique des événements du mois » où une sélection très partiale de quelques faits recevait parfois des commentaires pour le moins résolument partiaux.

 

Un exemple d’informations en dernière page du bulletin mensuel : N°7 de juillet 1909

J’avais noté un commentaire pour le moins acerbe de mon grand-père mais très court où il faisait remarquer que « Mr Marcelet* est devenu beaucoup patriote depuis la guerre car son église est ornée de beaucoup de drapeaux ; j’estime qu’il serait été préférable de l’être un peu moins lorsqu’il était «  en route pour Cologne … » » J’avais deviné la pointe d’anticléricalisme mêlée d’ironie mais cette remarque me laissait vraiment sur ma faim. L’explication est bien sûr venue dans le récit très détaillé d’un voyage en août 1910 pour le XXe Congrès eucharistique qui conduisit l’abbé Marcelet  à Domrémy, Nancy, Metz, Mayence, Coblentz, Wiesbaden, Bonn et enfin Cologne.

 

Les tonnerres d’applaudissements pour l’empereur d’Allemagne Guillaume II

Marcelet* : abbé de Fouvent-le-Haut de … à … chercher …. de mémoire de Fouventais, il était particulièrement érudit et … (poursuivre) Ses chroniques sur l’histoire locale même si elles sont vues à travers le prisme déformant d’un fervent chrétien avec des jugements moraux catégoriques et un intérêt plus marqué pour les familles aisées ou  nobles, peuvent être une base d’études et une source énorme d’informations … à écrire.

A travers ces trois documents, nous pouvons deviner que des pans entiers de la vie quotidienne de cette paroisse vont être restaurés. Le projet de peindre les portraits de figures pittoresques de « la petite et de la grande rues » prend forme. Et en écho, les nouvelles des gens des villages voisins : ceux du pays ! Il faut bien se limiter sinon on va jusqu’à « perpète » mais bon, … Quand Alfred parle d’un tel, la Bouguette d’un autre et que chaque monument du souvenir évoque les noms de soldats morts pour la France gravé par mon grand-père et qu’il devait bien connaître … il faut aller interroger les anciens et les documents.

Si ce livre a l’intérêt de donner des jalons de la Grande Histoire à travers l’histoire singulière de gens de mon pays, il a atteint son objectif ! 

 (1)  mon grand-père avait fait Verdun : en fait, il y a combattu mais en 1917 après la grande bataille sanglante  qui fera 700 000 morts environ : «  du côté français, le total des pertes (morts, blessés et disparus) est évalué à 379.000 et du côté allemand, à 335.000. » www.herodote.net, il y a 90 ans !  

(2) l’essentiel des ressources documentaires autres que les données  puisées dans le carton de  « la boîte d’endives », les journaux retrouvés chez la Nènène, la caisse en bois du soldat pour la famille Bouguet ou les bulletins paroissiaux se trouve sur Internet : en vrac, quelques sites  fr.answers.yahoo.com COMPLETER

... et la publication du département de l'Aisne envoyée par mon ami Micky ... sans parler de tout ce qui est publié régulièrement en ces périodes de commémoration.

Commentaires (2)

1. moi-même 21/02/2008

Merci ma grande soeur

2. MITTAINE 20/02/2008

Bravo! super-intéressant,l'histoire de Fouvent!et celle du grand père et les Bouguet...
A quand la suite?
Félicitations à l'historienne.
Marie-Claude

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