Préface de J Pinard pour l'édition 2005

Besançon, le 15 novembre 2005

 

  

Préface

 

C’est toujours avec beaucoup de plaisir qu’un enseignant présente l’œuvre de ses étudiants.

J’étais Directeur d’Etudes au Centre de Formation des professeurs de collèges de l’Académie de Besançon lorsque j’ai connu Danielle Gauthier.

Originaire d’un petit village haut-saônois aux confins de la Haute-Marne, elle avait été interne au collège de Champlitte, alors installé au Château, haut lieu de recherche et d’études sur notre patrimoine rural comtois. Après de brillantes études à l’Ecole Normale de Vesoul, Danielle a été choisie pour préparer le professorat des collèges. Dans ce cadre, j’ai tout de suite apprécié sa vivacité d’esprit, son franc-parler, sa capacité à s’imposer d’emblée devant une classe grâce en particulier à sa bonne humeur communicative.

Munie du certificat d’études pédagogiques en lettres histoire, la jeune enseignante a fait pratiquement toute sa carrière au collège de Roulans : l’efficacité d’une équipe éducative passe par la stabilité de piliers qui font la solidité d’un établissement. Les qualités professionnelles, tôt reconnues, de Danielle ont fait que lui furent confiées des missions dans le cadre de la formation continues de ses collègues.

Poussée par sa curiosité d’esprit, son goût pour l’étude du terrain, Danielle Gauthier s’est passionnée pour l’histoire locale. Et c’est ce qui nous vaut de pouvoir aujourd’hui bénéficier du fruit de longues recherches, faites de dépouillement patient d’archives, de collecte méthodique des témoignages d’anciens.

La synthèse de ce travail nous vaut ce livre consacré à Vaire-Arcier. L’ouvrage fait sa part belle à la présentation de « trois petits villages nichés entre eaux et forêts » … Un cadre que j’apprécie beaucoup en voisin palentais qui aime aller marcher du côté de Vaire, appréciant en particulier la couleur des terres lorsqu’elles sont fraîchement labourées : une belle glèbe, promesse de fertilité, avec des teintes brunes parfois proches du rouge…

L’étude fourmille de notations concrètes souvent pittoresques, qui permettent de reconstituer la vie de nos anciens : on est amusé – et étonné – par les tarifs du passeur an l’an XII : 0,3 f pour un mouton, une brebis, un porc, une chèvre, un cochon de lait, mais aussi une paire d’oies ou de dindons, tandis qu’il est exigé 0,8 f pour un âne ou une « ânesse chargée ».

On sourit à l’évocation des affrontements locaux entre blancs et rouges, cléricaux et anticléricaux sous la Troisième République (chaque clan fêtant de son côté le 14 Juillet). On est surpris de découvrir les activités foisonnantes qui animaient Arcier au temps de la papeterie et du moulin à poudre.

Mais en historienne rigoureuse, l’auteur ne tombe pas dans la nostalgie de l’ancien temps. Elle nous rappelle les sectarismes quand, après l’inhumation d’un protestant au cimetière en 1877, une cérémonie réparatrice fut organisée pour purifier les lieux.

Elle nous montre les conditions d’hygiène déplorables à l’époque où l’eau destinée à la consommation humaine était souillée par la décomposition des cadavres d’animaux dont on se débarrassait en les jetant dans le puits de Chienchien …

Et puis les guerres ont fait des ravages, depuis les exactions des fameux Suédois au 17esiècle jusqu’aux grandes catastrophes du 20e siècle : 18 hommes jeunes ou d’âge mûr fauchés pendant la première guerre mondiale.

Non, le passé ne fut pas toujours le bon vieux temps. Mon ami, l’abbé Garneret me disait en riant que les organisateurs de fêtes reconstituant la soi-disant « belle-époque » ne faisaient heureusement pas fonctionner les cabinets de dentiste avec les procédés à l’ancienne, sans anesthésie … et en ayant recours à des pinces impressionnantes. Mais heureusement, bien des choses ont évolué dans le bon sens : la vie associative se développe, l’activité agricole se diversifie avec une inventivité remarquable dont témoignent les roseraies ou l’héliciculture.

Et le patrimoine est mis en valeur, la famille Montravers s’ingéniant à redonner vie au château et au parc. Il n’est pas question dans cette préface de présenter la gamme complète des sujets abordés par Danielle Gauthier. De bons esprits jargonnants méprisent l’histoire locale. Elle est cependant une porte ouverte sur la grande histoire.

Ainsi, je croyais tout savoir sur l’œuvre Sociale, hebdomadaire publié à Besançon dans l’entre-deux-guerres, et voilà que je découvre la contribution à ce journal contestataire d’un personnage haut en couleur, au verbe cinglant, « un original, un sacré bonhomme » aux yeux des anciens qui l’ont connu, Hippolyte Rivière, maçon à Vaire, qui trempe sa plume dans le vitriol pour écrire à Auguste Jouchoux. Or, cette grande figure du syndicalisme bisontin a été la pointe de l’action pour la réhabilitation du soldat Bersot fusillé en 1915 pour avoir refusé de porter un pantalon sale … Et il se trouve que le témoignage le plus fiable pour reconstituer ce drame épouvantable nous vient de Jean Perruche De Velna dont la famille a vécu à Arcier … Comme le monde est petit !

A l’heure où, à juste titre, on constate les pertes de repères, les gens de Vaire-Arcier ont désormais la chance de pouvoir retrouver leurs racines, grâce à une étude approfondie, tout en évitant les pièges du pédantisme.

En pédagogue confirmée, Danielle Gauthier sait nous instruire tout en nous distrayant et en nous invitant à participer à un jeu. Et l’étonnante collection de photos de classes qu’elle a su rassembler contribuera à un excellent exercice de reviviscence de mémoire !

Le remarquable travail de Danielle Gauthier s’inscrit dans une tradition d’intérêt pour les monographies de village qui animait les instituteurs d’autrefois et que M. Jantet a illustré à Vaire, un pays marqué par l’empreinte des maîtresses et maîtres d’école, les Martin, les Choulet qui s’y sont dévoués pendant des décennies.

Pour conclure, je ne voudrais pas céder à une manie, une déformation professionnelle de vieil enseignant, mais je donne quand même la mention très bien à ce livre d’ « histoire et d’histoires ». Il mérite le meilleur accueil de toutes celles et ceux qui aiment, et ils ont bien raison, Vaire-Arcier.

 

Joseph PINARD

Agrégé d’histoire
Ancien Directeur d’Etudes au Centre de

Formation des professeurs de collèges de

l’Académie de Besançon

 

P.S. Pour ma part, depuis longtemps séduit par de beaux paysages, je me sentirai, grâce à ces pages, dans un cadre plus familier encore, lorsque je retournerai me balader du côté des bien nommées « Rouges Terres ».

 

Monsieur Pinard !  Merci encore : mon vieux livre des " textes et documents  sur la Franche-Comté " part en lambeaux tant je l'ai lu et relu ... mon premier inspecteur  qui n'attendait que son départ en retraite avait osé critiquer mon choix de textes parmi cet ouvrage qui était une mine de renseignements ... il avait prétendu que mes élèves avaient " des vues partiales et partielles "  (heureusement  que ces chers petits n'avaient pas encore  fait la maturation d'une histoire si complexe et que nous n'avons pas fini d'écrire en 2008 ... c'est vrai, j'avais voulu parler d'Union sacrée  et de l'affaire Bersot en 1975. Que cet inspecteur nous donne aujourd'hui son avis sur la question !

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