L’histoire singulière des bois de Corcelle
« On n’saura jamais le fin mot ! » s’exclame Marcel
Perrot quand on aborde ce chapitre. Toutes les personnes consultées pour cette
brochure sont unanimes. Et Thérèse Thiébaud de renchérir : « Vous
vous êtes attaquée à Corcelle … Faut prendre des précautions. » Sans
polémique, racontons !
S’ils apportent la tranquillité aux promeneurs, les bois de Corcelle ont
une longue histoire agitée qui fait encore beaucoup couler de salive en ce
début de XXIe siècle et, cependant, qui remonte au XVIIesiècle lorsque 137 ou 167 arpents (notes de Bulliard) furent attribués « en toute propriété et
franchise » aux seuls habitants de Courcelotte. Des bornes sont plantées
le 10 décembre 1628.
Le partage de 1628
Le 28 novembre 1628, à Vaire
« Comm’il
soit que difficultés fussent méchuées et esperai venir plus grandes entre les
habitants de Vaire et petit Vaire et courcelotte à raison que ci-devant, il y a
passé quelque temps la majeure part des habitans dud Vaire avoir mis en ban un
quartier de leurs bois communs avec lesd de Courcelottes pour le tems et terme
de neuf ans qu’ils auroient laissé en amodiation à des anciens particuliers
pour en tirer profit et revenu pour l’appaisement d’aucunes leurs dettes et
redevances ou autrement en faire l’utilité de la communauté à quoi lesd de
courcelotte n’avoient voulu acquiescer et se seroient entremis au coupage du
bois aussi laissé en amodiation que causait une grande difficulté par le moyen
des proces et amandes qui en étoiens adjugées en la justice dud Vaire, sur les
particuliers y trouvés mesurant contre lesd traités et status faits par lesd
habitans et y avoir apparences d’outrage de part et d’autre pour à quoy
remédier et vivre en après lesd de Vaire et de Courcelotte en bon voisinage et
amitié ils ont d’un mutuel vouloir et consentement accordé qu’ils feront
partage de leursd bois communs tant d’assencement qu’autrement et pour le faire
se sont constitué en leurs personnes par devant Nicolas Pichery d’Arcier,
notaire, procureur d’office aud Vaire pour noble antoine françois Gauthiot
Sieur d’Ancier, Seigneur par indivis dud Vaire avec sa Majesté Catholique,
pierre Grandvuillemin et hipolite Mary, prud’hommes et échevins dud Vaire,
michel gallois, claude michelot, jean grandvuillemin, pierre fils de Jantot
Jacoutot, perrin Bernard dit Boudret, Jean parens dit Bataille Renaud amiot,
Jérômé grandveaux, pierre Grandveaux le jeune, pierre michelot, françois Joly,
Jean Robert dit Ramey, Lucas Gallois, Jean de Lourmot huisssier, Simon
michelot, claude gallois, jean joliru dit mesmy, Claude Mary dit Midard, louis
Baudiqué, oudin Mary, pierre Mary, Nicolas Salet, Jean pietre gain le Jeune,
Ambroise Bulez, Jean Marchand, vincent Buléz, Denis Colin, léonard pousot Claude Bemis, Jean fils fut perrinot Bernard
françois Grosbois, Denis Salet, Claude Robelin, pierre Pousot, pierre Robert
dit thomas, Jacque Robert, Claude Mary fils de feu jean mary dit pinsons,
antoine marchand, françois Robert, pierre michelot le jeune, tous dud Vaire
faisant et représentant la majeure et saine partie des habitans d’icelles et
tant en leurs noms que des absens sous promesse de les faire ratifier en tant
que de Besoin, pour eux, leurs hoirs, successeurs et aiant cause habitans aud
vaire, ont nommés et choisi pour commis à faire le partage de leurs bois
communs avec lesd de courcelottes et
autres choses communes avec eux qu’ils trouveront convenir, honorable claude
parent, claude gallois le jeune dud Vaire et marc Roubart du petit vaire ici
presens stipulens et acceptans leurs charge et commission et ont promis tous
les avant nommés d’avoir à perpétuité pour agréable tout ce que par eux sera
fait et négocié pour le fait dud partage et icelui fait, le faire Rédiger par
ecrit par devant tel ou tel notaire (…)
le scel de Sa
Majesté etre mis aux présentes qui ont été faites et passées aud Vaire, devant
l’église d’icelle en l’assemblée du communal avant midi le vingt huitième jour
du mois de novembre de l’an Mil six cent vingt huit présents discrette personne
Mr Gaspard Belin prêtre curé aud Vaire et honorable Jacques
fleuchard notaire, citoyen de Besançon témoins requis ainsi Signés Jean
Bernard, J Delormont, g Belin et Not. pichery. »

Le 1ierdécembre 1628, suite à Arcier
« Et Dépuis aud
lieu d’arcier en la maison et par devant led Nicolas Pichery not le premier
jour dud mois de Décembre mil six cent vingt huit, se sont aussi constitué en
leur personne Jean Buler le vieux dit Grandjean, Léonard millot, guillaume
millot, guillaume mié, jean Bulley dit Dufourg, antoine Millot et claude mie
tous de Courcelotte faisant et représentant la maheure et saine partie des
habitans d’icelle et tant en leurs noms que des absens, aussi avec promesse de
les faire ratifier aprouver et agréer tout le contenu qui sera fait pour le
partage et division de leurs bois communs et autre chose avec les avant nommés
habitans de Vaire et pour ce faire ont aussi nommés et choisi pour commis Jean
mye dit BelDieu de Courcelotte et Jacque Bailly dud lieu aussi present
stipulant et acceptant auxquels de même ils ont donné plein pouvoir puissance
et autorité de procéder et faire partage de leurs dits bois communs et autres
partages qu’ils jugeront et que bon leur semblera à faire avec lesd habitans de
Vaire de tout quoi ils promettent avoir pour ferme, stable et agréable et de
l’observer perpétuellement (…)
présents petit
Jean Bernard dud arcier et antoine Renaud de Nancray cordonnier témoins à ce
requis et appelés ainsi signé NrPichery »
La suite nous
apprend que les commissions verbales viennent d’avoir lieu et « autres
ensuite de quoi ils s’étaient transportés dans lesdits bois », le notaire
effectue sur place le bornage « étant assisté de Jean de Lourmot dudit
Vaire huissier de sa Majesté et Maire en la Justice et Seigneurie dudit
Vaire ».
Les bornes sont
plantées. La suite du document décrit avec soin les différents lieux qui
mériteraient une recherche plus poussée. Pour futurs archéologues !
Le hameau vidé de ses habitants
Une kyrielle de procès
Si les habitants de Vaire refusent ce droit, le tribunal les déboute par
un jugement en 1709. Inversement, un traité d’union lie les deux communautés
contre le châtelain en 1713. Jusqu’en 1775, plusieurs procès tenteront de
défaire cette union ou au contraire de priver de ce droit les habitants de
Corcelle qui sont en nombre croissant (entre 1742 et 1745, on compte pas moins
de 9 actes dans les registres paroissiaux).
Si, en 1760, la part de forêt est réduite de moitié, le 24 février 1775,
l’opposition est anéantie et les propriétaires des maisons attribuées jadis à
Mary, Mourey et Bardot ont la pleine jouissance des bois : l’affouage
annuel est réglé à 2 arpents 48 perches et le droit de pâture.
Ecoutons le témoignage de E.
Bulliard « Les seigneurs de Vaire ».
La veuve de M. de Verseilles, mort le 10 mars 1797 sous les seuls noms
de Jacques-Louis Badier, « a été en butte aux tracasseries des habitants
de Grand Vaire et de Courcelotte. Ceux-ci ont réclamé à la veuve Badier la
propriété exclusive de la forêt de Corcelles dite de Courcelotte, qu’elle et
ses auteurs possédaient depuis plus de cent cinquante ans. »
« Ils pensaient que les titres de l’ex-dame de Vaire, ayant été
brûlés en exécution de la loi révolutionnaire du 17 juillet 1793, Mme de
Verseilles ne pouvait plus justifier son droit de propriété. Mais la marquise
sut se défendre. Dans le mémoire qu’elle produisit, elle exposait que
Corcelotte ayant été détruit par les Suédois en 1636, ce hameau avait fait
retour comme échute au seigneur de Vaire qui l’avait repeuplé à ses frais en
1693. Elle expliquait que M. de Boisot avait fait exploiter en 1732 et 1738 les
bois revendiqués sans que les habitants aient songé à faire la moindre
opposition, tant les droits du seigneur étaient incontestables. » (E.
Bulliard « Les seigneurs de Vaire »)
Deux procès au XIXe siècle montrent que le bois ne
peut être exploité que communautairement, que nul ne peut s’en adjuger la
propriété même partielle (comme Bardot, en 1842, qui veut un partage en trois
parts), que nul ne peut être exclu quand bien même il n’aurait acquis qu’une
portion de maison du précédent propriétaire dès l’instant qu’il y vit avec sa
famille comme Stanislas et Alexandre Mourey, en 1867, qui se voient refuser le
droit d’affouage.
Aujourd’hui, section de la commune de Vaire-Arcier, le bois de Corcelle
est en usufruit aux habitants du hameau : ce n’est donc pas une simple
anecdote puisque l’enjeu est de faire de Corcelle soit des habitants de
Vaire-Arcier à part entière : aussi ils peuvent en exiger les avantages
soit en revanche, de leur abandonner ce droit afin qu’ils conservent leur
identité en gérant leur foncier.
L’acte notarié de Maître Coquillot du 8 ventôse de l’an XI (1803)
« Ce jourd’hui
huit ventôse, avant midi, l’an onze de la République française.
Par devant le
Notaire au département du Doubs, à la Résidence de Besançon, soussigné en
présence des témoins.
Ont comparu Dame
Bonnaventure Etiennette Pourcheresse, douairière de Pierre Jacques Louis
Badier-Verseilles, ancien Officier militaire, demeurant à Besançon, d’une part.
Les Sieurs Pierre
Antoine, Jean-Denis, Claude-Joseph et Joseph Mourey, frères. Procédant, cette
part, tant en leurs noms qu’en celui du Sieur Jean-Baptiste Mourey leur frère,
le Sieur Louis Bardot, les Sieurs Jean-Pierre, Marie-Antoine, Pierre etPierre-Joseph Mary, Procédant, lesd. Mary tant en leurs noms qu’en celui du
Sieur jean Mary ;
Tous demeurant au
hameau de Courcelotte. Cotant les héritiers, descendants, représentants, ayant
cause et tenant bien, savoir, lesd. Mourey, d’Antoine Mourey, leur bisaïeul, le
Sieur Louis Bardot, de Claude Bardot, son bisaïeul ; et Lesd. Mary, de
Jean Mary, l’un de leurs ayeux ; aux droits que chacun desc. Jean Mary,
Antoine Mourey et Claude Bardot, avaient acquis à Courcelotte, de l’ancien seigneur
de Vaire, Lesd. Comparans procédant encore aux noms de tous … »

Acte notarié du
8 ventôse de l’an XI (1803)

Extrait d’un
plan cadastral ancien de Corcelle avant 1900 :
le Chemin
d’Arcier passe en prolongement de la rue du Moulin et traverse le lieu-dit
« La Fin Dessous ». Son tracé actuel date de la construction du Canal du Rhône au Rhin.

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