
29
mai 1914,
lettre
de la manufacture de cycles, motocycles et automobiles « Messidor »
de
Levallois-Perret,
maison
fondée en 1889,
Voici
donc enfin la réponse à notre lettre de réclamation. Pourquoi n’ont-ils pas
encore envoyé cette fichue bécane ? depuis le temps ! Ca fait bien 8
jours qu’elle est commandée. Ils disent qu’ils l’ont envoyée en gare de Roche.
Aller se renseigner à notre gare « si la bicyclette n’est pas en
souffrance » ! Elle est bien bonne, celle-là. Une machine malade !
C’est
qu’à la gare, il y a bien un vélo mais pas équipé à l’anglaise comme celui qui
était commandé. Il va falloir réexpédier tout ça.
La réponse ne se fait pas attendre. Des gens sérieux qui promettent d’en envoyer une autre. Cela ne les empêche pas de mettre la faute sur le petit personnel : une interversion d’étiquettes sur les caisses par les emballeurs. Un autre gars profite de l’erreur de livraison et fait le fier en actionnant le joli timbre carillon avec notre N°Y, pneus Dunlop, porte-bagages arrière et selle Bauriat. Attendons voir.
Premier
mardi de juin 1914,
La côte de côdiote* a l’air si
facile à grimper aujourd’hui : en rentrant de la gare de Roche, sur la
route de Fouvent, Alfred pédale gaiement sur sa belle machine neuve et se
réjouit des grands services qu’elle va lui rendre. S’il l’avait eue, il y a
deux ans, pour aller installer la pompe au Maire de Roche ! Non ! Pas
deux ans, trois ans, comme le temps passe vite !
Côdiote* ou côtiote, ça ne
s’écrit pas : surnom de la petite côte entre Trécourt et Fouvent-le-Haut,
ça se grimpe et c’est un peu raide.
Et ce Mauclair à Denèvre : il lui en a fallu des coups de pelles pour ses sacs de chaux hydraulique, 5 et 4 sacs de lourde et les 20 de ciment. 103 tuyaux de 25 à poser ; ils sont bien gentils chez Bouvet, Chaux et Ciments de Champagnole, mais la facture de 228 francs, il fallait la payer avant le 15. Pas question de traîner sur les routes au lieu de maçonner. Et ça donne chaud ! Ca fait penser qu’il faudra bientôt commander un fût de vin. Le Marcelin Laroche à Mâcon en a du fameux. Pas trop cher, non plus. Il faudra aller le chercher à la gare à Champlitte, pas en vélo, bien sûr, un baril de 55 litres, tout de même. Tiens, en allant voir les cousins à Grenant ou l’oncle Corbon, d’une pierre deux coups.
Cette année, il ne faudra pas se laisser prendre avec la taxe vicinale : 464 francs, ils y vont forts, les cochons. On a beau s’en acquitter en nature, les heures à déblayer les chemins, à apporter la groise et à rempierrer, c’est autant qui ne sont pas payées. Enfin, c’est tout de même sur ces chemins-là que l’on peut rouler à bicyclette.
A peine essoufflé dans les hauts de Fouvent, Alfred songe qu’il a besoin d’une nouvelle boucharde, il en commandera une à la quincaillerie de Gray avec les boulons et la cornière qu’il doit acheter. Un outil qui va bien chercher dans les 10 francs. Il refait mentalement le calcul des tuiles qu’il vient de demander de livrer en gare de Seveux : 1000 tuiles premier choix pour 2000 deuxième choix, les 40 faîtières feront l’affaire et 7 tuiles en verre losange, ça suffira. Il fonce tout droit vers la maison familiale à l’entrée du village auréolé à l’horizon des prés déjà jaunes des hauts de Champot, tout ragaillardi par l’exercice et par les projets qui se bousculent.
De
l’Aisne parviennent les commandes de pompe.

De Passavant-sous-Coney (la Rochère ?) à Belfort par Dijon et Besançon pour aller à Fouvent …
Pas étonnant qu’il faut toujours attendre d’être payé !
Les ordres de paiement parviennent régulièrement à l’entrepreneur Alfred Guillaume qui fait face scrupuleusement à ses charges. Ce n’est pas la fortune mais l’homme est habile et travailleur.
14
juillet 1914
Département de la Haute-Saône
Arrondissement de Gray
Lettre de la Mairie de Roche-et-Raucourt
Monsieur Guillaume,
La
pompe que vous avez posée à Roche il y a trois ans est détraquée. Le Maréchal a
essayé de la raranger, il n’a pu y parvenir faute de ciment et de je ne sais
quoi.
Faites
donc votre possible pour venir voir cela, sans trop de retard et tâcher de la
remettre en état convenable.
Dans
cet espoir, agréez, M. Guillaume, mes sincères salutations.
AGrapotte, maire.
Eh bien, voilà à quoi va servir le « messidor ». Allons à Roche vérifier ce que ce Maréchal a bien pu tripatouiller. Raranger, raranger, ça se dit mais ça ne s’écrit tout de même pas, du moins pas pour le premier magistrat de la commune.
25
juillet 1914
Ancienne maison J. Sermage
Facture de F. Pierre, successeur au 22, rue Thiers, à Gray (Haute-Saône)
Chauffage, ménage, éclairage
15,25 francs pour 12 boulons, le fer à joints, la cornière et la boucharde, 10, 50 francs rien que pour cet outil, faudra frotter pour l’amortir.
26
décembre 1914
Carte
de Chaux et Ciments de Champagnole, Maurice Bouvet